mardi 18 mars 2008

Mariages

Un truc : deux commentateurs m'ont fait des remarques sur les mariages mixtes, qui en effet vont tous dans le même sens, dans ce que je décris.
Or, il faut préciser quelque chose. D'abord, je sais je me répète, mais je ne parle que de ce que j'ai vu, je n'extrapole pas, si j'extrapole je vais me planter. Déjà, mes remarques sur les couples sont peut-être pleines d'erreurs, je réfléchis en écrivant, je ne dis pas que c'est la vérité.
Ensuite, voilà : ce sont les femmes qui mènent le monde, enfin, ça peut avoir l'air bizarre, non, pas qui le mènent, mais qui l'éduquent.
La plupart des élèves de l'école étaient issues de mère ex-élèves du système français, quelles que soient leur nationalité, et en exceptant les tiers (Allemands, Belges, etc) qui mettaient leurs enfants là parce que c'était une école européenne.
On peut s'étonner de la faible incidence de mère Irénienne, ayant épousé des Français, qui mettaient leurs enfants dans le système français.
L'explication est simple : les mères mettent principalement leurs enfants dans un système qu'elles connaissent. J'ai fait de gros efforts de mémoire et je me suis souvenus de ma prof d'arabe chrétienne, qui m'avait parlé d'un couple de ce type. Il y en avait plus dans les écoles iréniennes.
Et il y avait aussi des Françaises qui mettaient leurs enfants dans les écoles iréniennes.
Donc une excellente, peut-être la meilleure instit de l'école.
Je me souviens, j'avais insisté pour la raccompagner chez elle alors qu'elle attendait un taxi. je ne l'ai fait qu'une fois. Je situe : Moi française, avec voiture (à ce moment, j'avais un petit 4x4), je choppe sur le rebord de la route une instit qui n'a même pas de voiture et attend un taxi. Mon instinct (on fait ce qu'on peut) de petite bourgeois catho tendance bobo ne fait qu'un tour : ne laissons pas sur le bord de la route cette vénérable instit.
Elle (mais j'ai compris après, évidemment). Vu son âge, les parents d'élèves, elle connaît par coeur. Bon, moi, je suis parent d'élève ET collègue. Donc, elle se lâche, elle monte. Dès qu'elle est montée, elle regrette (moi aussi, je comprends que j'ai merdé). Elle ne parle pas. Je cherche désespérement un truc à dire, et bien sûr, je tombe sur le truc à ne pas dire, et sans réfléchir je le lance, avec une absence d'à propos à tuer, je n'ai aucun tact, aucune politesse, rien (et puis c'est chiant ces gens à qui on ne peut rien dire!!!).
- Et vos enfants, ils sont en quelle classe?
Elle, fermée : -Ils sont dans le système irénien. (le rideau de fer, la voix qui s'abat, la conversation est close, système antagoniste, et puis son mari n'a pas du vouloir, je peux tout comprendre, elle me déteste, elle se déteste, elle me gonfle, aussi, à faire des chichi intérieurs comme ça, je m'en fous)
Moi (marre!!!marre!!) : Oui, d'accord, mais en quelle classe? ils ont quel âge?
Elle : 12 et 14.
Voilà.
Elle a poliment refusé que je l'accompagne jusque chez elle et s'en fait déposée à un rond point.
Je ne pense rien de mal d'elle, et ça m'énerve encore de me trouver face à de tels "murs intérieurs". C'est une super instit.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Une petite question,naïve sûrement mais tant pis,il y à de l'amour dans ces couples mixtes ou juste de la déception et de la frustration?Peut être que ce n'est pas quelque chose qui se montre à l'extérieur ou aux étrangers?
J'aime beaucoup tes portraits d'enfant en dessous,on sent ton attachement à eux...et ton humour!

Anonyme a dit…

Je ne peux pas te dire, car assurément il ne s'exprime pas devant des étrangers.
Voilà ce que je dirais : il y a peut-être le même quantité d'amour que dans des couples pas mixtes ou mixtes en France, ou mixtes de culture plus proches, mais il a peut-être plus de mal à se frayer un chemin et à s'exprimer.
Et de deux, une observation et une hypothèse. A Dubai, j'ai vu des maisons arabes typiques, elles sont conçues comme ça : une partie "réception", comprenant une cuisine pour les invités, un salon genre galerie des glaces et un salon clos pour les femmes (+ une ou deux salles de bains gigantesques dans lesquelles on ose à peine faire pipi tellement c'est grand); une partie famille, avec les chambres, et parfois une deuxième cuisine. Lorsque la maison fait deux étages,la zone réception est en bas, la zone famille en haut. Dans les familles vraiment émiriennes, il y avait entre les deux une barrière impalpable. Moi, la prof, je ne montais pas en haut dans la zone famille. La mère de famille donnait les sous à la maid qui descendait les escaliers pour me les donner. Quand elle voulait me parler, elle descendait, mais seulement habillée et avec un foulard, coloré, décoratif, autour des cheveux. Quand elle sortait, elle mettait le manteau et la abaya. Il y avait, si tu veux, des étapes de l'intérieur à l'extérieur. Je le ressentais comme ça.
Dans les famille libanaises, ce n'était pas comme ça, c'était plus mélangé, mais je n'entrais pas dans les chambres (dans les familles françaises, tu rentres dans la chambre des enfants, des parents, et tu vas aux toilettes dans la salle de bains familiale, toute pleine de bazar,OK?).
J'ai donné des cours à un enfant pakistanais, et la maman pakistanaise était bien embêtée dans sa maison à structure arabe, avec une cuisine au rez de chaussée, et un salon grand comme une salle de bal, et une autre cuisine en haut. J'en ai déduit que la structure des maisons ne devait pas être la même dans le monde indien. (C'est une déduction perso, je me trompe peut-être)
Quand j'étais en Espagne, ma femme de ménage - tu vas penser que je suis une fan des femmes de ménage, là je n'en ai pas - m'a montré sa maison : le salon et la salle à manger étaient fermés et les meubles recouverts de tissus, elle m'a tout montré, avant de m'offrir un café dans la cuisine, impeccable, avec la couvercle de la gazinière rabattu et une petite statue religieuse du meilleur goût posé dessus sur un napperon au crochet.
Donc, ça m'a laissé l'impression que l'intimité est un phénomène complexe. Même en Europe, on peut avoir ce côté des pièces de réception, toutes belles, mais on file boire le café dans la cuisine. Dans le monde arabe, j'ai l'impression que c'est encore plus fort. Il y a une énorme pudeur entre l'intérieur et l'extérieur. Donc, pour répondre à la question sur les couples, par exemple les hommes étaient toujours hyper timides avec les femmes, ou les françaises, je ne sais pas. Le mari de Sabine ne m'a vraiment accueilli en personne que le tout dernier jour, quand je suis venu lui dire au revoir, il a jailli de son bureau pour me parler avant même que Sabine n'arrive. Mais c'était une situation exceptionnelle. Le reste du temps, il passait de loin, et quand je disais à Sabine, ça l'embête, que je sois là, ton mari? Elle rigolait et me disait, ne t'occupe pas, tu ne peux pas comprendre, "ils sont timides". J'en reparlerai, tiens, c'est une bonne question, mais je suis vraiment restée avec cette idée qu'il y a l'intérieur et l'extérieur, et l'intérieur, c'est uniquement pour la famille ou les amis super proches, mais vraiment super proches.
(Par exemple, lors d'une anniversaire d'enfants, le père, même présent, reste planqué ; OK, les anniversaires d'enfants font chier n'importe quel père, mais généralement, ils font un effort, au moins pendant un temps, mais là, l'anniversaire d'enfant, dix nanas en train de papoter, les maris fuyaient littéralement, l'air effrayé, et si une nana les voyait, ils faisaient une tête de pris au piège, super gênés, bonjour, et hop ils se sauvaient au fond de la maison).
J'ai parlé de la maison de Dubai parce qu'elle reflète un peu le ressenti intérieur du monde arabe, tel que je me l'imagines : de l'extérieur à l'intérieur les étapes sont longues, mais par contre quand tu y es tu y es pour de bon. Par exemple, j'ai résisté à l'adoption de mon dernier propriétaire, et m'est avis qu'on est parti à temps : on commençait à être invité aux mariages, et je déteste les mariages (tous les mariages, mais en Irénie, on ne te donne même pas à MANGER, dans les mariages). Quatre heures sur une chaise assise sans RIEN FAIRE. Et encore, quand je suis partie, je me suis sauvée, littéralement. Sinon j'aurais pu rester six heures.
J'ai connu un seul couple avec de la tendresse exprimée, une Suissesse qui, apparemment, portait la culotte, et son mari.La Suissesse disait doucement à son mari tout ce qu'il devait faire, porte la table là, ouvre cette porte, amène le café, va chercher des verres, et le mari faisait tout avec douceur et délicatesse, et quand il avait fini il venait demander à sa femme ce qu'il devait faire. Il la regardait comme le Bon Dieu. C'était des gens de presque soixante ans. Riches. Je précise, parce que le manque d'argent ne facilite pas les choses.

Anonyme a dit…

Comme tu le vois, les élèves me manquent, c'est dingue.

Anonyme a dit…

Tes observations sont passionnantes à lire.

Anonyme a dit…

Merci pour ta réponse,c'est comme tirer un fil d'une pelote,plein de questions se bousculent du coup.Il reste toujours un certain mystère,cette mise à distance de l'autre.C'est vrai c'est passionnant.