lundi 17 mars 2008

Chocolat, encore

Donc la suite.
Emma me dit, le surlendemain, qu'elle s'est rendue chez Zeineb avec Sandrine et Stéphane, ainsi que Karim. Zeineb n'était pas très contente, selon elle, mais bon, après quelques échanges de propos vifs, elle a récupéré la valise que Zeineb lui a ramené de France, et le chocolat.
Dans les jours qui suivent, une feuille, émanant de Karim, est distribuée devant l'école. Karim y évoque les nombreuses critiques que de nombreux parents ont formulés relativement 0 Emma, et, dans une moindre mesure, Sandrine. Suite à ces critiques, et à la quantité de chocolat rapportée par Zeineb (inférieure à ce qui était prévu), Emma et sandrine, au grand regret de l'équipe, sont démises de leurs fonctions.
Naturellement, je ne suis au courant de rien. D'abord, je ne vois les murs que quand ils se présentent devant moi, ensuite quand je vais chercher mes enfants à l'école, je vois bien les petits groupes de mamans en train de ragoter, mais je les fuis, ensuite, mon implication dans cette histoire est postérieure à ces évènements, donc je les ai su, mais après. Je vois le papier distribué par Karim trois jours après. Mais je le dis maintenant, pour la clarté du récit. Emma est blessée. Sandrine est blessée. Nora ressurgit, et va parler à Emma et Sandrine, ainsi qu'à Si Mohamed (que je ne connais pas encore). Les gens se drapent dans leurs dignités respectives. ça discute sec à la sortie de l'école. On me regarde sans aménité : certaines mamans( dont Sabine) ont bien vu que j'étais avec Sandrine et Emma, donc du côté des Françaises qui se la pètent, surtout que mon mari est directeur d'un truc, donc on est dans la Française qui se la pète, à fond. Il y a quelques Iréniens avec, mais ça ne compte pas, ils sont riches ou traîtres. De l'autre côté, il y a des Françaises de couples mixtes, des Iréniennes, aussi, et des Françaises qui ne se la pètent pas.
Je finis par être abordée par Sabine, avec une autre femme, Sara, une femme très étonnante, pour moi, car elle a l'air française (oui, alors on peut penser ce qu'on veut avec les airs français, arabes ou suédois, mais il y a quand même des gens qui ont des airs, ou des types ceci ou cela, même si là-bas, il fallait en parler sur la pointe des pieds).
Tout à l'heure je parle de Sara, une femme aussi mystérieuse (enfin : incompréhensible) pour moi, comme toutes les autres. Si mes lecteurs veulent décoder des comportements, je les en prie...
Bref. Sara et Sabine sont, à cette époque, très amies. Sabine parle de Sara en disant : "Ma Sara". Par la suite, j'ai appris qu'elles se sont dit à mon propos que j'avais l'air quand même pas tout à fait comme Sandrine et Emma (les avantages d'être bobo, distraite et pas à la mode : ça fait moins néo colon). Mon cas n'était pas tout à fait perdu, elles m'abordèrent donc, en me disant à peu près : "Tu trouves ça normal, toi?"
Alors à ce stade, je précise que j'étais en train de sortir du monde de Maya l'Abeille où tout le monde il est gentil. Donc, au lieu de débarquer de la planète Mars en disant : "Ben, quoi?", je contre attaquai en disant sèchement (le plus sèchement possible) : "Tu veux parler de l'attitude de Karim?" genre chacun son camp, non mais ho.
Sara garda le silence, mais Sabine se lança dans un récit dramatique de l'intrusion d'Emma, Sandrine et Stéphane chez Zeineb. Ils étaient arrivés comme des justiciers, sans sourire, sans bonjour, sans aid mabrouk. Ils avaient débarqués dans la maison en pleine fête familiale comme en terrain conquis. Inspecté le contenu de la valise comme si Zeineb était une voleuse, c'est parce que c'était une arabe ou quoi? Si elle a peur qu'une arabe la vole, alors pourquoi elle lui demande de ramener sa valise? Et puis pourquoi elle lui demande de ramener sa valise, elle croit que Zeineb est à son service? je trouve ça normal? Je cautionne?
Normalement, ce genre de véhémence me réduit au silence. mais là, je rassemble mes esprits, et je lui demande si elle était surplace et si elle a assisté elle-même à ce qu'elle me raconte. Sabine admet que non, mais elle n'a pas de mal à imaginer la scène. Sara sort de sa réserve pour dire "Bon, on n'y était pas". Sara connait bien, très bien Zeineb (mais je ne le saurais qu'après), et sa remarque est lourde de sens. Mais à ce moment-là, je l'utilise seulement pour clore le débat avec Sabine que son honnêteté intellectuelle, maintenant qu'elle a fait parler son coeur, empêche d'aller au delà. On baisse le ton et Sara dit qu'il y a tout de même beaucoup d'anomalie dans tout ça. j'approuve. Sara m'informe de l'existence d'un sur-Comité, à la Capitale, qui devrait trancher le différend entre les parties avant que ça ne s'envenime. très bien, dis-je, et je commence à penser à contacter ce sur-Comité.
Je ne travaille pas, à l'époque, je suis à la maison et je m'ennuie. Je vais donc contacter ce sur-comité, je n'ai que ça à faire. Les gens que je contacte sont déjà au courant de l'affaire. En fait, il ne s'agit pas seulement de chocolat.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Bonjour Zélie.
Au départ cette histoire de chocolat c'était pour faire plaisir à des enfants non?(qui n'avaient peut être rien demandé d'ailleurs)
J'ai l'impression que c'est le désoeuvrement qui dirige les personnages de tes histoires.Et le regard des autres qui détermine les comportements sociaux de cette petite communauté(c'est l'impression que j'ai en tout cas).Du coup,c'est complètement oppressant à lire.
En tout cas tu leur restitue une personnalité,un visage, alors qu'ils semblent tous liés,indissociables les uns des autres,avec un rôle précis dans le groupe dont on dirait qu'ils ne peuvent pas sortir.
Quelle souffrance!