Sandrine a trois enfants et est de ces mères qui se soucient incroyablement d'eux. Je n'exclus pas d'en être une, mais je les envoie souvent promener à coup de là, je fais un truc (pour moi), tu me laisses, je m'occupe de toi après.
Sandrine envoie parfois promener ses enfants mais ce n'est pas pareil.
Il semble qu'en quelque sorte élever des enfants soit assimilable à gérer un projet professionnel. On se fixe des objectifs (en général : la réussite scolaire) et on se donne les moyens d'y parvenir. le moyen, pour Sandrine, étant de survaloriser le temps passé à l'école et son importance. Les devoirs ; l'acquisition des compétences, surtout en maternelle.
Il faut dire que l'acquissition des compétences en maternelle, c'est un vrai bonheur. Par exemple, Sandra ne maîtrise pas les algorithmes ; merde ; c'est la fin des haricots. Un algorithme, c'est par exemple rouge bleu vert rouge bleu vert rouge bleu et il faut deviner ce qui vient après. Si l'enfant dit rose parce qu'il préfèrerait le rose, aie, panique.
Je suis étonnée que le système français soit aussi exigeant en maternelle et devienne plutôt assez mou par la suite (en quatrième, apprendre ses leçons, c'est d'un ringard...).
Sandrine fait partie des gens qui ne comprennent rien à la pédagogie et à l'enseignement, mais rien, et qui observe avec angoisse l'évolution des choses avec ses enfants. Le meilleur prof est celui que l'enfant aime, et qui respecte la personnalité de l'enfant. Le prof qui dit : "Bon il faudrait que Pierre apprenne ses leçons" est borné et ennuyeux, c'est pour ça que Pierre n'apprend pas ses leçons. Dans sa vie, en effet, Pierre ne fera que ce qu'il aime. Le prof qui dit : "Pierre a eu 2, mais ilest ultra sensible et il ne faut pas le juger là dessus" est un bon prof (je vous rassure : j'appartiens à la deuxième catégorie, je n'ai jamais pu juger les enfants sur leurs seules performances scolaires). Il reste à prouver que le prof 1 est moins bon que le 2 ; et puis surtout, surtout en primaire, comment un enfant peut apprendre quand sa mère regarde toujours les instituteurs avec suspicion?
Les enfants de Sandrine, comme de nombreux autres, ne vont pas à l'école pour étudier, peu ou prou. Ils vont voir les copains. Quand ils échouent à un devoir, on les engueule comme du poisson pourri, on leur donne du travail en plus, ou, parfois, on critique la notation du professeur.
Sandrine n'a jamais eu l'idée de lire des livres avec ses enfants, de regarder des cartes, des photos d'ailleurs, de lire des histoires drôles ou de leur acheter des livres marrants (et crétins, genre Picsou). Elle leur a acheté quelques contes, et des trucs du genre "la vie des poissons" ou "L'Univers", truc ennuyeux à lire quand on n'a pas de curiosité sur l'univers.
L'être humain est un être de désir, et pour réussir il faut d'abord désirer. Désirer lire ; ou apprendre des trucs sur la vie des poissons, ou sur l'univers. Quand je lui dis : il faut qu'ils lisent, elle me répond, avec une sincère conviction : "Oh, oui, bien sûr" et leur donne des livres énormes et ennuyeux. J'aurais du dire : il faut leur donner envie de lire, d'apprendre, de chercher, sur les livres, sur internet, dans le jardin.
Je ne sais pas comment on donne envie aux enfants de faire des trucs ; je pense que c'est différent selon la personnalité des parents et des enfants. Par exemple, à force de réciter des poèmes aux miens, ils se bouchent les oreilles dès qu'ils entendent "Demain, dès l'aube..." en hurlant "Nooon, pitiééééé". Mais il n'est pas certains qu'ils n'apprécieront pas la poésie un jour.
En tout cas, il faut avoir le souci de faire découvrir des trucs à ses enfants, en leur en parlant. En leur posant des questions. En bidouillant des trucs (type lentilles dans du coton humide...).
Or, Sandrine ne fait rien de tout cela. Elle gère ses enfants comme de petits soldats : lever, coucher, repas, devoirs (avec sérieux), et télé/sport entre temps. Son fils aîné, à huit ans, était déjà un petit macho branleur (mais sympa, mais un peu limite question conneries...). Sa fille numéro deux était extraordinaire : lente, rêveuse, pas futée, mais obstinée, volontaire (je suis persuadée qu'elle réussira). La dernière était très jeune mais possédait toutes les caractéristiques de la petite dernière gâtée. Son fort caractère en faisait la préférée de son père (alors que la deuxième, avec son côté un niais...pas trop), mais ne laisse rien augurer de bon pour l'avenir (selon moi :petite peste superficielle ultra gâtée).
Je me livre à ces pronostics avec d'autant plus de facilité que j'ai tort dans la moitié des cas, mais si j'en ai la preuve, cela ne me gêne pas de le reconnaître. Je suis pessismite. la petite dernière peut aussi ne pas être si gâtée et réussir sa vie.
Quoiqu'il en soit, quand je l'ai connue, Sandrine n'était pas une mère scolairement comblée, et elle le vivait très ma. Une sorte d'accroc à l'excellence : riche, maison dans quartier chic, présidente du truc, mari avec bon poste, gros 4x4 (deux - le sien et celui de Juan Ma)... mais toutes ces franco-iréniennes avaient des enfants meilleurs que les siens en classe. Elle se consolait en disant que les leurs ne faisaient que cela : étudier, à coup de profs particuliers, ce qui n'était pas toujours vrai.
Et les siens, que faisaient -ils d'autres? Foot et danse.
Il y a tout de même quelque chose de touchant en Sandrine.
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2 commentaires:
Ah oui touchant.
Ma fille aussi se bouche les oreilles, pas quand je crie des poèmes mais quand je chante... c'est très très frustrant.
l'éducation c'est quand même un truc compliqué.Ce n'est pas du dressage,ce n'est pas qu'une question de moyen ou de milieu.Inciter ses enfants à la curiosité dans des tas de petits domaines de la vie,c'est important comme tu le souligne.Je vois tant d'enfants qui ont de nombreuses activités et qui les subissent finalement pour faire plaisir à leurs parents mais qui n'en tirent pas grand chose.C'est peut être une question d'âge,et ça changera lorsqu'ils feront leurs propres choix?
J'ai accompagné la classe de mon fils dans une sortie au théâtre vendredi.
J'ai été très étonnée du comportement d'une bonne moitié de ces enfants qui ne sont pas rentrés dans l'histoire.Elle traitait d'une manière assez abstraite de comment se projeter dans l'avenir,du rêve de ce qu'ils seront plus tard,d'une manière plutôt poétique.
J'ai eu l'impression,au milieu d'eux,que leur imaginaire d'enfant avait disparu.Je ne sais pas s'ils sont déjà blasés,si la télé qui les nourrit les empêche d'envisager autre chose qu'une offre déjà mâchée...La conclusion de la maîtresse:ils sont trop jeunes et le spectacle était trop abstrait,elle ne s'attendait pas à ce genre de pièce.
Est ce qu'elle se serait posée la même question dans un musée d'art contemporain?
Je continue d'entretenir l'imaginaire de mon fiston avec attention,il en sortira sûrement une surprise mais j'ai confiance! :)
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