Emma est grande, mince, blonde. Cheveux courts, toujours, très nets, fille de militaire.
Corps peu expressif, finalement, bras peu mobiles, dans mon souvenir plus rentrés qu'ouverts, je parle du souvenir actuel que j'en ai, je n'ai pas été si observatrice à l'époque.
Longues jambes, très souvent en pantalon, look toujours net, droit, militaire.
Son visage se décompose en plusieurs parties.
Ses cheveux coupés impeccablement entourent un petit visage rond : cet ensemble-là est enfantin. Il y a de l'Alice au pays des merveilles dans la coupe de cheveux (alors, oui, la vôtre, de Disney, a des nattes, mais la mienne dans le livre que je lisais enfant, à les cheveux très courts).Mais qu'importe, cette coupe de cheveux et la forme extérieure du visage sont enfantins. Emma a un ancrage dans l'enfance, je le remarque maintenant, si certains aspects de son visage sont enfantins, c'est que quelque chose coince dans l'enfance, et quelque chose coince, mais je ne veux pas être, là, indiscrète, je parle de moi et non des autres. Disons qu'une blessure de l'enfance est encore là. Je pourrais peut-être affirmer carrément qu'elle devrait recommencer son enfance, la revivre, pour l'améliorer. Peut-être, si elle raconte aux autres une autre enfance, peut-être cela modifiera le passé ; je connais cette tentation. Si on cache tout ce qui ne va pas, si on n'en dit rien, si on met tout dans une pièce au fond de la maison, les invités n'en sauront rien, n'est-ce pas? Et voyageront dans cette jolie maison, émerveillés par le bon ordre qui y règne. (Après avoir assourdi tout le monde de mes malheurs, j'ai essayé de faire ça depuis cinq ans : mais ça ne me satisfait pas ; elle, peut-être?).
Ensuite il y a la bouche. Elle sourit facilement. Ses lèvres s'incurvent, soulignant certains de ses propos. Elle a des lèvres fines, mais pas trop. Suffisamment fines pour avoir l'air fausse, suffisamment aussi pour renforcer l'aspect enfantin. Le sourire est une arme. Les lèvres incurvées forcent la sympathie. Parfois elle ne sourit pas. Les lèvres sont dures, et rappellent, fugitivement, peut-être aussi en raison d'une partie de sa généalogie, les geôlières de camps de concentration. Quand elle craint de ne pas maîtriser une situation, le pli des lèvres devient assez laid d'angoisse de perdre sa supériorité. Vu trop tard.
Pour finir il y a les yeux. Bleu porcelaine. Des yeux de verre. Pas observatrice, et finalement préoccupée de mes amitiés, et non des personnes, j'ai remarqué très tard qu'ils ne souriaient jamais.
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2 commentaires:
Mon Alice est plutôt celle de Tenniel, aux cheveux longs aussi ; le modèle de Carroll, Alice Liddell, avait par contre les cheveux courts. Il y a aussi –parmi tellement d'autres– celle du film de Svankmajer, film dont l'atmosphère est très inquiétante et troublante, comme tes récits sur Emma...
Moi aussi, à la fin elle me faisait peur. Lorsque j'ai vu l'étendue de ses mensonges, ça m'a vraiment paru effrayant. Irrationnel.
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