Sandrine est une femme plus âgée qu'Emma, mariée à un C*t*l*n très drôle et passablement indélicat dans son approche des Iréniens. Je me demande s'il est mérité de l'appeler carrément raciste, pour des raisons diverses. On verra après. Sandrine d'abord.
Sandrine est très raide et a du mal à exprimer son affection et ses sentiments, quels qu'ils soient. Elle a trois enfants. Elle dit être de gauche, ce qui fait hurler de rire son mari, qui lui, ne prétend pas et n'est certainement pas de gauche. Il a certainement de bonnes raisons de parler fréquemment de l'Opus Dei. Mais leurs trois enfants ne sont pas spécialement élevés dans la religion, voire pas, Sandrine ayant des attitudes très anti cléricales, dues à une scolarité chez les soeurs.
Sandrine prend en main l'assoc dont j'essaie de parler à mots couverts. Femme d'action. Ou plutôt désireuse de l'être. Son débit de parole est saccadé, elle essaie peut-être de faire femme d'affaires. Elle veut la perfection; elle la recherche avec une sorte d'anxété désespérée. Comme sin de l'impeccable gestion qui sera la sienne, devait sortir on ne sait quelle félivcitations ou brevet de bonne conduite. Une catho laïque qui n'est jamais sortie du carcan où l'école l'a enfermé. Elle n'est pas la seule.
Sandrine possède, toute de gauche qu'elle soit, un sens précis, mais dissimulé, de ce qu'elle est. Et qu'est-elle? Pour ce que j'ai pu en juger, et sans méchanceté aucune, la femme de quelqu'un. Elle ne travaille pas, d'où son sur-investissement dans l'assoc. Elle sait qu'elle en est la.. Présidente. Joli mot, n'est-ce pas? Une décoration qu'il est facile d'avoir ; mais son assurance est antérieurement à cette haute fonction, même si les deux se mêlent.
Son mari, Juan Ma, est le PDG d'une grosse boîte, très grosse boîte, peut-être LA grosse boîte (je ne sais plus). Quand les flics l'arrêtent à 170 sur l'autoroute, ils lui demandent ce qu'elle fait là, elle répond qu'elle est mariée au directeur de la SOTEG (disons), ils lâchent tout, lui rendent ses papiers et elle s'en va (moi pas, je dois pleurer un coup et raconter des histoires invraisemblables, attendrir les flics qui, d'ailleurs, sont dans l'ensemble assez cools...).
L'assurance de Sandrine vient de là, il est très probablement qu'elle se récrierait avec la plus grande sincérité si on le lui disait : car nous sommes tous égaux, n'est-ce pas? Et l'on ne peut prétendre que l'épouse du directeur de la SOTEG soit à ce titre supérieure aux autres femmes. Elle-même ne le prétendrait jamais. Jamais. Ce n'est pas dans ses idées ; et je ne me moque pas d'elle : elle ne l'a jamais prétendu, peut-être même jamais pensé. Mais il est difficile d'en convaincre certaines, quand elle traverse, raide, un sourire hautain et crispé aux lèvres, la cour de l'école.
Le poste de son mari et sa raideur fait de Sandrine, dès son arrivée, une femme peu appréciée puis progressivement presque unanimement détestée par celles qui s'investissent un peu dans l'école. Celles et ceux qui ne la détestent pas la trouvent ridicule et poseuse. En fait elle est de ces gens qui veulent le bonheur de tous, au travers de règles strictes, égalitaires et ennuyeuses, peu adaptées à la mentalité du pays, mais qu'elle s'impose à elle-même autant qu'elle souhaite les imposer aux autres.
Pourtant, sous ce corset raide qu'elle ne quitte jamais (on se demande comment elle a eu trois enfants ; Juan Ma est un coureur de jupon, satisfait de l'image de sa femme), elle est, naturellement, d'une inutile et solitaire hypersensibilité. Je m'en suis rendue compte à ses dépens.
Après avoir tenté de fonctionner avec elle, j'ai renoncé avec agacement, et un jour désireuse d'avoir une discussion "à coeur ouvert" avec elle, je suis allé chez elle pour parler. Nous étions à la table de la cuisine, elle faisait goûter ses efnants, assis à table, avec des goûters sérieux et pensés préparés par ses soins (alors que je me contentis de lancer des trucs mangeables aux miens en râlant qu'ils n'auraient plus faim le soir). Je lui ai dit que malgré le plus grand respect que j'avais pour elle (entrée en matière qui permet de lier la sauce), je me rendais compte de nos divergences de caractères et que je ne pouvais fonctionner avec elle; que donc j'abandonnais (avec amour, respect et amitié, hein). Elle devint livide et d'une voix désaccordée me demanda de lui exposer les reproches que je lui faisais. Elle était ce qu'elle était, dis-je, je ne pouvais pas lui reprocher son caractère, et je ne le faisais pas. Complètement bouleversée, mais voulant rester maîtresse d'elle-même, elle essaya de savoir en quoi elle m'avait blessé, vexé, touchée, tout en terminant dignement le goûter de ses enfants. C'était comme si j'avais ouvert la boîte de Pandore, et qu'un océan d'émotion à fleur de peau se déversait sur moi. Je retins de ne jamais plus parler à coeur ouvert avec qui que ce soit et d'inventer des excuses bidon pour ne pas voir les gens. Naturellement, je revins partiellement sur ma décision. ces gens ultrasensibles sont aussi ultra manipulateurs.
J'ai rencontré Sandrine la première année, elle est partie à la fin de la quatrième année.
mercredi 23 janvier 2008
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