lundi 19 mai 2008

Martine 2

Je suis remplie de préjugés. C'est affreux. Mais je déteste mes préjugés, donc, je les contredis systématiquement. Quand je me laisse aller à mes préjugés, la vie me fait prendre conscience que j'ai tort. Quand je combats mes préjugés, la vie me fait aussi comprendre que j'ai tort.

Je suis donc laborieusement parvenue à la conclusion que les préjugés sont une connerie (qu'il s'agisse de les accepter ou de les combattre) et qu'il faut attendre de voir ce que donnent les gens.

Donc Martine était un peu l'archétype du cauchemar pour moi : une bimbo body-buildée, à la base, c'était le comble de l'horreur vulgaire. Je préférais encore la bourge malaimable, car certes malaimable, elle était tout de même plus fréquentable. (En fait les deux sont à déconseiller).

Je me reprochais mes préjugés, et les malheurs de Martine éveillèrent la ridicule et encombrante fibre missionnaire et salvatrice qui sommeille dans nombre de jeunes gens bien élevés qui ne peuvent sombrer dans une idéologie française traditionnelle : alors on prend une sorte d'idéologie de gauche molle (c'est-à-dire : rien de méchant, pas de trucs staliniens, la révolution mais sans les morts) , mais avec tous les bons sentiments traditionnels que l'on distribue sur tous les méprisés (de la tradition : on ne connait guère que cette idéologie passéiste, on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a).
Martine était vulgaire, blonde, méprisée, en difficulté, elle avait des enfants, un mari vulgaire qui s'esclaffait en déguisement de chef d'entreprise (il croyait que les chefs d'entreprise français en Irénie portaient des costumes, alors qu'ils sont en jean et ressemblent à des cow-boys). C'était forcément un travail pour Zélie. Zélie est gentille, elle veut que tout le monde s'entende et soit heureux.
Bon. Je rencontrai Dylan, un garçon absolument charmant. Retrospectivement, je ne peux penser autrement, même après avoir entendu toutes sortes d'horreurs sur lui. A tort ou à raison, j'ai vu Dylan tel qu'il se comportait et je n'ai pu imaginer une perversité quelconque au delà de son comportement. Il avait 12 ans, et était en situation d'échec scolaire. Il refusait l'école. Je ne suis pas très douée dans ce cas, en tant qu'enseignante : en effet, je refusai moi-même l'école à son âge, mais j'avais des notes correctes. Le refus ne me semblait pas devoir aller de pair avec les résultats. Dylan m'aimait bien aussi. Pourtant, durant cette première année, j'ai piqué plusieurs crises et lancé, de rage, des livres à travers sa chambre (pas sur lui : justement je lançais les livres pour ne pas le frapper). Dylan avait une attitude constamment calme, vore modeste, et une façon inimitable de me répondre, sans souci "Non" à ma question : tu as fait les exercices que je t'ai laissé?
Je suis toujours partie du principe qu'il faut être franc. J'ai hurlé deux ou trois fois à côté de Dylan en lui demandant pourquoi il me et il se faisait ça. Je n'aurais pas aimé ni pu faire cours sans lui dire que j'étais en rage de son manque total de travail. Il me comprenait très bien, mon rôle était de me désespérer, le sien de dire non, gentiment, doucement et poliment. Malgré ce que je viens d'écrire, j'ai passé beaucoup plus de cours à être philosophe qu'à hurler.
Dylan était un enfant extraordinaire : il avait un sens du jeu que je n'ai vu qu'à lui. Avec lui, n'importe quoi devenait une aventure. Son cadet, Antony, vivait en symbiose avec son grand frère, dans le même monde que lui. Un monde virtuel de jeu ; pas de PS, non, un monde de Pl**m*b*l et de L*eg*.
En arrivant, Martine avait, et c'est important, sympathisé avec Pépette et Jéjé. J'appliquais à Pépette le même critère de jugement qu'à Martine : Pépette était petite, ronde, vulgaire, elle avait une voix de poissonnière et harangait facilement les mamans, sur un mode ironique, à la sortie de l'école. Mais contrairement à Martine, Pépette n'avait pas de difficulté matérielle, et ses fils étaient scolarisés. jéjé, quat à lui, était un sympathique monsieur à lunettes, du genre qui existent dans deux états : à l'usine, et allongé devant la télé dans le canapé.
Martine avait trois fils : Dylan(12 ans, à ce stade, soit au début), Antony(8 ans), Kevin (5 ans).
Pépette aussi : Michel (8 ans), André (6 ans) et Pierrot (4 ans).
Michel et Antony étaient dans la même classe. Michel était un garçon introverti et discret, un peu rond ; ce fut plus tard un de mes élèves, et le meilleur ami de mon fils; je disais que c'était un nounours. Antony était un enfant fin, vif, au regard pensif, futé, et qui savait admirablement se taire, comme son frère : le propre des enfants qui en savent trop sur les affaires des adultes.
Michel, timide, sympathisa avec Antony, très adaptable et futé, et plus encore avec Dylan, intelligent et leader de groupe.
Martine et Pépette se fréquentèrent donc, par l'intermédiaire de leurs enfants.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

j'aime vraiment quand tu fais entrer les enfants en scène.Plus que dans les adultes,je me retrouve en eux.
Viiite,la suite!:)

M1 a dit…

Zélie, y a rien a dire, t'es douée pour la description de tes personnages! c'est tripant, c'est drôle, et ça pimente l'histoire!
"bourge malaimable", t'es restée super classe sur ce coup! ;)