jeudi 22 mai 2008

Bling bling

On n'oublie pas qu'il faut de l'argent. Mais pas n'importe quel argent : de l'argent qui se voit. l'argent qui se voit peut-être emprunté, ou usurpé, mais il faut qu'il se voit.
En Irénie, chez les français et les Iréniens qui viennent juste de s'enrichir, l'argent protéiforme devient 4x4, villa dans la zone chic, vêtements de marques (on peut les trouver aux fripes : mais les Français n'y vont pas ; parfois des trucs tombent des camions ; ou des lots de provenance mystérieuse sont saisis par la police et se matérialisent entre les mains d'épouses d'avocats qui les revendent : rien n'a d'odeur, et de toute façon il n'y a pas de mal à se faire du bien, seuls les initiés sont avertis et les produits saisis se vendent très bien), voyages en Europe nombreux, séjours dans le désert, activités sportives (quad, équitations...).
Un point sur la géographie locale. Il y a LA zone chic : Port Saad. Il y a la zone bien mais moins chic : Hammadra. Il y a la zone anciennement chic mais moins qu'avant : Azzouz.
Si Mohamed habite Port Saad. D'ailleurs, quand on déménage dans notre petite banlieue populaire (plus tard dans mon récit), ça le désolera. Si Mohamed a une maison, avec piscine, ce qui est évidemment le fin du fin. Les maisons valent 1000 euros là-bas, dans ma banlieue j'ai trouvé un apprt à 200 : je suis radin, et un peu fauché, je ne paie pas 800 euros de plus pour une fausse maison de Louis XIV avec du doré partout et des prises électriques qui ne fonctionnent pas.
Martine habite Azzouz, mais fantasme sur Port Saad. Pépette habite Azzouz, puis Hammadra. Emma habite Port Saad, mais un appart pas terrible. Ensuite elle déménagera pour une maison de 900 m2 à Azzouz. Sabine habite dans des endroits que les Français ne nomment pas : Cité Ezzaouia, sa maison est formidable (une des plus sympa que j'ai vue). Sara habite Azzouz, mais dans la zone moyenne.
Le fantasme, c'est Port Saad. Port Saad est un lieu qui m'a toujours perturbé. La première fois que j'y suis allée (j'habitais très loin), j'ai trouvé ça charmant : un port de plaisance, des restaurants et des bars - un peu trop, des magasins pour touristes qui vendent tous la mêmes choses - beaucoup trop, et trop cher, des immeubles résidentiels de type européens, à deux étages, avec des bougainvillers partout. Une sorte de paradis : mais, comme le paradis, trop propre, trop mignon, trop léché, trop coquet, dans un pays fouillis et désordonné (on est en Afrique tout de même). Les poubelles débordent partout, mais à Port Saad on fait de gros efforts pour, non pas les vider, mais les cacher. Je n'y vais qu'avec les touristes que j'accueille, ma famille, que le lieu rassure : enfin un truc "normal". Au fil du temps je supporte de moins en moins : soit on vit en Europe, soit on n'y vit pas, mais construire un truc tout joli et tout clean, ça ne me plaît pas. Ce qui est probablement une réaction idiote. J'ai trouvé des constructions semblables en France, un jour, dans un village de vacances du sud de la France : l'implantation artificielle d'un resort à la provençale en Provence, mais quand on est dedans on est dans un décor. c'est la même chose à Port Saad : on est dans un décor. ça fait prof qui critique tout mais ce côté faux est pénible, même s'il faut, en théorie, comprendre l'objectif des promoteurs : l'idée de créer une zone touristique fouillis et désordonnée ne s'impose pas tout de suite à l'esprit. On a en effet plutôt tendance à construire des trucs jolis et propres.
La zone proprement touristique de Port Saad est prolongée par une zone résidentielle, où loge, donc, le gratin local. De jolies maisons parfois très ornées de volutes complexes et de colonnes fortement torsadées s'alignent tranquillement le long de petites rues charmantes et ombragées. Je voudrais saluer ici la mémoire de la maison de l'un de mes ex-éleves, qui présentait une ressemblance impressionnante avec un cheese cake à la menthe : une énorme maison jaunâtre, avec des toits en tuiles vertes, un peu partout sur les côtés. Farid Zaghouani réside là, une maison immense, avec un escalier large comme celui d'un hôtel particulier. Il gare devant sa petite Clio pourrie et encombrée de papiers.
Port Saad est donc le rêve de Martine. Elle observe les gens et les trie en fonction de leur localisation géographique : je suis hors compète, j'habite dans un ville voisine, dans un terrain appartenant à la société de mon mari, une zone non-côté, un no man's land social. Mais j'ai accès à un parc, trois terrains de tennis, une plage et deux piscines : ça ne rivalise pas avec Port Saad, mais tout de même. Il y a également un haras à cinq minutes.
Je précise que, la honte soit sur moi : je ne nage pas (je coule), et j'ai peur de l'eau, je ne joue pas au tennis (ni à aucun sport), j'ai essayé de faire du cheval : j'ai peur, c'est haut, et le cheval a une volonté et je ne sais pas lui imposer la mienne, et je déteste la plage, c'est plein de sable. C'est bien avec des petits enfants. Mais ça ne voit pas sur ma figure.
Donc, si Martine est une affaire pour Zélie, l'inverse est vrai. Zélie n'est pas une mauvaise affaire pour Martine.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Je déteste les 4x4.

J'ai dû dire cela plusieurs fois sur ton blog, excuse-moi. (Ou au moins le penser à chaque fois... Il faut que j'en fasse un billet sur le mien, j'y songe depuis quelques mois...)

Je déteste les voitures, en fait. Et celles qui veulent évoquer un statut "social" ou "économique", encore plus. Je précise que, la honte sur moi, de toute façon je ne sais pas conduire. Pour beaucoup d'autres raisons aussi, je ferais un mal français en Irénie. Oups ! : de toute façon je ne suis pas français non plus, maintenant que j'y pense ! ;-) ;-)

Anonyme a dit…

Mais moi je ne déteste pas les 4x4, vraiment, parce que dans certains cas c'est très pratique, c'est une question de contexte. Dans le cas de l'Irénie, à chaque pluie j'étais contente de mon 4x4 (tout petit et tout pourri mais haut sur pattes).
Mais les voitures en tant que marque du statut social, je déteste. C'est épidermique, et je déplore que maintenant que nous déménagions, nous en ayons une belle. En effet, on en a acheté un assez grosse et solide parce que Laurent devait faire des allers retour quotidien de 150 km (A/R, du Nord au Sud de l'île). Et la voiture était sécurisante. Or, on n'a pas pu la vendre sur place et nous voilà dans une capitale avec un belle voiture que je n'oserais jamais conduire. Enfin, ce qui me console, c'est qu'il y a mieux et que si on la garde 5 ans, elle fera ringarde.

Anonyme a dit…

Dans une capitale avec un METRO. Enfin !!!!!!

M1 a dit…

c'est toujours un plaisir de lire ces aventures iréniennes! et le titre de ce post m'a fait doucement rigolé :)
et je suis persuadé qu'il n'y a pas qu'une seule irénie en afrique :)ni une seule martine, ni un seul si mohammed!!

Anonyme a dit…

En Afrique ou ailleurs. Mais les différences sociales m'ont semblé plus tranchées.