Puisque j'ai conclu en expliquant qu'Ahmed était vrai, il faut enchaîner en parlant de Paulette qui ne l'était pas.
Ou du moins l'était-elle, mais autrement qu'elle tentait de le paraître.
Mais Paulette doit s'envisager en plusieurs époques. Dans la première époque, déjà évoquée, Paulette résidait dans une petite ville à quelques 20 kilomètres d'Hadra, petite ville qui avait eu son heure de gloire, en tant que ville de naissance du premier Rais. Cette ville gardait un charme désuet et en quelque sorte assez européen de ce passé ; mais ses équipements, négligés, peinaient à se moderniser. Sa marina avait un charme désuet plus agréable que la luxueuse et superbe marina de Port Saad, totalement artificielle dans sa modernité. Cependant, la marina de la petite ville était certainement tout aussi artificielle que celle de Port Saad ; seul son aspect vieillot pouvait donner à des esprits superficiels, comme le mien le fut longtemps, l'illusion de l'authenticité. (encore un sujet à creuser ; je dois noter).
Dans cette petite ville, la communauté française, ou francophone, était ancienne ; on comptait aussi des Allemands, Hollandais, quelques anglais. La plupart travaillaient dans le textile. Quelques uns étaient richissimes. La plupart vivait suffisamment au dessus des moyens qu'ils auraient eu en France pour se prendre pour des personnes de qualité. Certains ne gagnaient pas suffisamment leur vie, mais se débrouillaient ; le simple fait d'être Français les classaient déjà, dans le milieu qu'ils fréquentaient, dans une catégorie à part. Certains tombaient, ce qui était terrible : leurs revenus tombaient du niveau français pour arriver au double, par exemple, du niveau moyen des Iréniens : imagine-t-on un Français presque aussi pauvre qu'un irénien ? C'est plus qu'un souci financier, c'est une sorte de honte (non dite, naturellement, car nous sommes officiellement tous égaux) qui, normalement, ne devaient qu'à certains couples mixtes ; mais de la part de ces couples mixtes il s'agissait d'un choix volontaire. Alors que ces français-là avaient voulu être des chefs d'entreprise, ils avaient voulu diriger des iréniens, mais ils avaient échoué.
Paulette arriva dans le pays avec un mari fonctionnaire français : le gratin - enfin le petit gratin, fonctionnaire français, dans un bled reculé, ça n'est pas forcément super. Mais tout de même. Salaire, plus poste relativement en vue. Paulette avait arrêté ses études en troisième, et pendant plusieurs années, n'avait pas fait grand chose sur le plan professionnel ; ensuite elle avait rencontré son fonctionnaire de mari, qui avait une licence de sport ; elle l'avait suivi à travers différents pays et je la soupçonne d'avoir alors regretté son faible niveau d'études : elle avait fait de son mieux alors - et, naturellement, c'est tout à son honneur - pour fréquenter tout ce qu'elle pouvait de culturel. Lorsque je la rencontrais, elle me parlait très volontiers d'un éminent professeur qu'elle avait secondé dans ses travaux archéologiques en Afrique. Elle ne savait cependant pas très bien ce qu'il cherchait dans le sol : mais cela avait été très intéressant.
Et puis, en Irénie, un truc terrible était arrivé.
Son mari était tombé amoureux d'une autre femme. Hélas, cette autre femme était irénienne.
Son mari avait divorcé de Paulette. Puis épousé l'autre femme.
Et il avait continué sa carrière de fonctionnaire nommé ça et là, bien payé, mais avec l'autre femme.
Et en plus, il avait eu un enfant avec l'autre femme.
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