lundi 9 juin 2008

Robert et Martine

Robert eut d'abord une idée mirifique d'import de je ne sais quoi, une teinture ou un colorant. Il lui fallut faire les papiers. Cela semblait aussi long et compliqué que ceux d'Emma, pour sa société. Il avait pris un avocat, été à droite, à gauche, toutes sortes de démarches.. qui n'aboutirent pas.
Par la suite, Robert et Martine furent rattrapés par leurs problèmes français. Ils avaient acheté unterrain, mais je crois qu'ils ne payaient pas le remboursement, parce qu'ils ne pouvaient pas le payer, donc il fallut le revendre. ça semblait assez clair, mais cela se compliquait de formalités bancaires et légales hyper complexes, dans le détail desquelles je serais bien incapables d'entrer, mais cela rappelait certains Balzac, quand les héros sont pris dans l'engrenage de dettes et que tout le système semble conspirer contre eux (je crois : Splendeurs et Misère des Courtisanes).
Malgré les innombrables défauts de Robert et Martine (imprévoyance, irréflexion, impulsivité, présomption), il faut bien reconnaître qu'ils avaient des têtes de victimes. Ils étaient de ceux qui croient qu'ils peuvent y arriver, non pas humblement à la sueur de leur front, sans rien dire et en comptant leurs pioèces d'or, mais avec un peu d'arrogance et de défit. Seulement, les défis, les coups de poker, ça marche avec certains, mais pas avec d'autres. Ils auraient aimés avoir l'air, mais ils n'avaient pas l'air du tout.

En outre, Martine s'habillait de jupes ou robes ultra courtes et sexy, ce qui ne lui allait pas mal, mais déchainait ô combien l'ire des bonnes dames de la porte de l'école, toutes moins sexy les unes que les autres. Mais il y avait une ingénuité bête dans Martine. Le directeur la regardait avec une pitié qui ne tarda pas à tourner à l'exaspération.
Par la suite, Martine prétendait que les hommes de l'école, enfin tous ceux qui la voyaient, la trouvaient séduisantes et auraient volontiers couché avec elle. Elle estimait que, de ce fait, les femmes étaient jalouses d'elle et essayaient de lui faire toutes sortes de crasses.
la chose aurait pu être plausible, si Martine n'avait pas elle-même saboté ses relations avec les autres. mais j'anticipe, encore.
Martine fut donc très copine avec Pépette ; et avec la bande de copines de Pépette, composées de femmes de directeurs d'usine. C'est du moins ce qui me semblait. Martine voulait à tout prix m'inviter et que je les rejoigne à la plage. Je refusai sous tous les prétextes possibles. Je n'aimais pas la plage, surtout avec six nanas et leurs enfants. Je le fis une seule fois. Elles se connaissaient toutes, et la belle-soeur de Pépette, une femme très désagréable, était là aussi. Comme j'étais nouvelle, on me fit parler : mes voyages, mes compétences, les avantages en nature de la situation de mon mari. Bien que persuadée au fond de moi de ma supériorité face à toutes ces dames (je ne suis pas toujours très modeste au fond de moi), je répugne à étaler vulgairement ma situation. Je ne peux pas, je suis bloquée, j'ai beau savoir qu'à l'étranger on juge, quoiqu'on en dise, sur ça, ça me bloque, je dissimule, tant je trouve odieux cette façon de procéder (je précise que tout est relatif : mais plus on se trouve dans un bout du monde, plus le moindre diplôme ou emploi antérieur prend de relief ; à l'inverse, plus on se rapproche des capitales, plus il devient difficile d'éblouir). A Dubai, une amie (une fille très sensible et orgueilleuse comme moi, mais nettement plus maladroite) m'avait dit :" et d'abord, elle, elle n'a pas à me parler comme ça : je connais l'allowance (= la somme allouée pour se loger) de son mari, le mien a plus, alors puisqu'elle raisonne comme ça, elle doit me respecter" - cette fille voulait dire que si on jugeait, comme cela se faisait, sur la situation du mari, alors la tierce personne dont elle parlait se devait, selon ses propres critères, de la respecter ; mais mon amie, qui souffrait de ses critères, car il y en a d'autres, se retrouvait finalement elle aussi prise au piège de ces critères ridicules ( et je ne lui jette pas la pierre, car il n'est pas facile de résister à une influence).
Cependant, Martine tentait de se fondre dans ce groupe, fermé à sa façon. Il fallait gagner de l'argent, avoir un certain train de vie. Martine détonnait. Quand il s'avéra que la société de son mari traînait à se faire, une sorte de vide subtil se mit en place autour d'elle. Martine devint alors ironique et agressive. Elle se mit à dire du mal de tout le monde. Sauf de moi, et d'une autre femme, H., qui devint sa meilleure amie, enfin ex-aequo avec moi, sauf que je me prétendais très occupée, pour ne pas la voir tous les jours. H. et Martine habitaient tout près l'une de l'autre et passaient leurs journées ensemble. Je ne parlerai pas beaucoup de H, une femme plutôt charmante, mais insignifiante, très gentille, pas vulgaire, à qui je n'avais rien à dire.

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Pépette
jaja
qué graciosa esa palabra!

Maëlle
maelloutsa.blogs-de-voyage.fr

Anonyme a dit…

Ah, c'est ça, "tu anticipes, encore", en nous laissant sur notre faim, comme d'habitude ! ;-)

Mais dis-moi, comment es-tu si sûre qu'elle ne disait pas de mal de toi aussi ? On n'est jamais sûr de cela ; si tu t'étais nouée d'amitié avec H. – par exemple –, peut-être en aurais appris des choses... ?

Anonyme a dit…

[...en aurais-tu appris...]

Anonyme a dit…

Oh, mais je ne suis sûre de rien....

Anonyme a dit…

Depuis plusieurs jours, j'avais envie de te dire (mais j'ai oublié) que "Robert et Martine" c'est aussi comme le titre d'un film : celui-là :-) (dommage que la "traduction" du titre en français soit n'importe quoi !)

Anonyme a dit…

Mais c'est vrai qu'il en existe des Martine de ce genre !