jeudi 19 juin 2008

Martine encore

Martine avait du goût. Pas vestimentaire, son look des années 80 n'était pas très heureux. Mais sa maison était joliment décorée. Elle avait de beaux meubles en bois venus de France, et elle apprécia beaucoup mon enthousiasme devant ceux-ci.
Martine était une femme tourmentée. Son mariage raté depuis longtemps l'avait amené à chercher des solutions de survie originales. Elle était préoccupée par le divin, l'au delà, et elle m'expliqua qu'elle avait voulu de venir juive. Elle avait suivi des cours ou une sorte de préparation spirituelle auprès d'un rabbin. Elle cuisinait également très bien, mais du coup je ne réussissais pas à voir uniquement du spirituel dans sa conversion (avortée, semblait-il).
En effet, la religion juive était centrée (m'expliqua-t-elle ; mais des questions posées à Otir semblent aller dans ce sens) sur la table et la famille. Le lieu de culte était la table du repas ; d'une ignorance totale sur le sujet, je me disais qu'il devait y avoir un peu de vrai, mais présenté par Martine, ça devenait curieux. La religion juive, me disait-elle, c'est la cuisine. Ah, disais-je. Elle faisait un pain tressé pour le shabbat. Il était excellent. Mais elle ne faisait plus le shabbat, qu'elle me décrivait comme quelque chose d'absolument merveilleux, pas du tout restrictif et centré sur la famille (elle essayait de me convaincre comme si je la contredisais, alors que je ne considérais pas le shabbat comme quelque chose de restrictif ; je ne considérais pas le shabbat du tout, en fait).
Mais cette période de suivi de règles de vie juives, qui semblait avoir été merveilleuse, appartenant au passé.
Martine, en France, faisait de la danse orientale. Elle avait été très déçue par les pratiques locales en matière de danse orientale. Elle me fit quelques démonstration, et essaya de me faire danser, alors que j'appartiens à la catégorie des poteaux qui ne dansent jamais.
Elle peignait ; pas mal ; mais pas très bien non plus ; en même temps, je critique mais je suis incapable de dessiner un arbre.
Martine avait jeté son dévolu sur moi. Elle me comprenait. Nous étions pareil, elle et moi. Spirituellement. Elle était mon amie. Elle me faisait de grands discours "l'amitié, me disait-elle, c'est tout simple."
J'avais pris soin de me faire payer pour les cours donnés à Dylan (alors que je voulais ces cours, pour m'occuper). Pas cher du tout ( 10 euros pour 3 heures), mais cela me permettait de répondre oui sans mentir si une âme charitable était venue me demander venimeusement "et elle te paie?" et cela m'avait aussi permis de mettre un peu de distance dans nos rapports.
Heureusement, car je ne sais ce que cela aurait donné. Elle avait décidé que nous étions amies et je ne savais comment lui dire non.

Quand Emma et Sandrine me parlaient de Martine, leur bouche se plissait de mépris. Martine ne méritait pourtant pas leur mépris. Au fur et à mesure que mes relations avec Martine perduraient, le mépris se fit de plus en plus fort. Elles ne comprenaient pas ce que je faisais avec elle. Je leur expliquais simplement : les cours avec Dylan, la peinture, la religion (Emma et Sandrine étaient de sérieuses petites athées, bien décidées à ne pas être piégées par les choses de la religion, poliment respectueuses cependant, par nécessité sociale, à l'extérieur, secrètement méprisantes à l'égard des croyants, par devers elles : mais elles n'auraient su dire pourquoi : cela flottait dans l'air du temps). Elles me concédèrent Martine, peut-être à cause de la religion : parler de Dieu devait être quelque chose qui obligeait à des fréquentations douteuses.
Martine était impressionnée par Emma, mais détestait Sandrine, qui avait été, dans le cadre du comité, odieuse avec elle. Sa raideur honnête de femme riche et sans problème ne s'accommodait pas de l'esprit resquilleur de Martine, éternelle victime.
A l'époque, je considérais que la situation de Martine allait s'arranger : tout devait s'arranger. Il était inimaginable que les choses ne s'arrangent pas dans mon univers à moi. Mais Martine vivait dans un autre mode.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Ici, ainsi que dans un de tes billets précédents (celui sur "Robert et Martine"), tu parles d'amitié et tu le fais avec une grande distance, comme si tu n'y croyais pas. Ou c'est parce que ça a mal tourné à la fin ? Mais peut-être que (comme tu le dirais toi-même) j'anticipe, que je veux aller trop vite ?

M1 a dit…

Juste pour te dire que j'attends la suite ;o)