jeudi 19 juin 2008

Prof?

Je lis régulièrement le blog d’Ali Devine (régulièrement mais pas trop souvent), car c’est un blog qui reflète parfaitement mon état d’esprit, sauf que j’ai honte de m’être découragée quand je vois les élèves qu’il a. J’en recommande à tous la lecture, surtout à Maquettes si elle aime quand on parle d’enfant.

Ce blog qui m’effraie me rappelle avec une triste acuité mes années d’enseignements, sans aucune violence ou mauvaise ambiance d’aucune sorte puisque les élèves nous aimaient bien, à des exceptions rarissimes, et travaillaient sérieusement.

Mais il m'amène toujours à me demander, les larmes aux yeux, puisque j'ai facilement la larme à l'oeil, pourquoi ça se marche pas? pourquoi on n'y arrive pas? Pourquoi ils ne se lèvent pas tous pour Richard Coeur de Lion, merde? j'ai raconté, à ma façon, les rapports de Richard de coeur de Lion (qui est un crétin ; je voulais dire qu'ils devraient se lever pour Philippe Auguste, une sorte d'outsider), la plupart m'écoutaient avec une bienveillance distraite (je suis plutôt une "prof sympa", de temps en temps je pique une crise on ne sait pas trop pourquoi mais je me calme et le ronron reprend). Mais ils s'en foutaient. Rien à foutre de Richard Coeur de Lion.

J'ai failli pleurer une année, en sixième. Dans un moment d'égarement, j'ai décidé de leur présenter Socrate. Ben oui, moi j'aime Socrate. Quand j'étais au lycée je faisais du grec et chaque année on traduisait la mort de Socrate. ça me faisait pleurer tous les ans. Et un certain passage de l'apologie aussi. je l'ai eu au bac et j'ai eu une bonne note parce que le prof a vu que j'aimais le texte. Déjà, à mon époque, peu de gens connaissaient Socrate, mais tout de même quelques uns mais ça me fait de la peine que personne n'en ait entendu parler maintenant. N'écoutant que mon désir de cultiver tous ces petits enfants, je sombre dans le hors programme, au diable l'avarice et je leur concocte un spécial Socrate, avec une fiche, bio rapide et les deux extraits de textes.

Je me suis vite rendue compte que de toute façon ils ne comprenaient pas le texte. Un français trop soutenu. Pourtant, ce n'est pas si terrible. J'ai donc essayé de leur expliquer le texte (ce qui partait mal, je l'avoue). Des jaloux ont accusé Socrate, à tort, et il ne se défend pas véritablement. Cependant (éducation civique) il accepte la condamnation car il accepte les règles et les lois de sa cité. Il n'en visage pas de ne pas respecter ces lois (ça me paraît en adéquation totale avec le programme d'éducation civique, qui est traité d'une façon totale idiote et ignare dans les livres, c'est lamentable). On lui offre la possibilité de s'enfuir, il refuse. Sa cité l'a condamné. Il accepte la condamnation.


La réaction des élèves m'a pris de court. Pour eux, c'était très simple, Socrate était un con, point barre, et même après avoir essayé de leur expliquer ses motivations, je me disais qu'on en arriverait à une conclusion du type "ce qu'il a fait était excessif et nous ne le ferions pas, mais accepter les lois de l'état dans lequel on vit reste une base de vie en société". Je ne m'attendais pas à ce que des enfants de 11 ans comprennent qu'un homme préfère mourir plutôt que de se mettre hors la loi, ce n'est pas de leur âge, mais leur réaction m'a vraiment sciée. Pour eux, s'ils estiment être victime d'une injustice, voire même un peu durement traité, il semble plus légitime, même s'ils ne le feraient pas tous, de prendre le maquis, se rebeller et se mettre hors la loi. Aucun de ces élèves n'a jamais fait quoique ce soit de violent, mais l'idée ne les choquait pas.

Je ne sais si je me fais comprendre, mais j'ai donc découvert le mépris total dans lequel ces élèves à priori mignons et sympas tenaient le système. Au collège, par exemple, ils jugeaient les profs sympas ou pas (et, dans l'ensemble, sympas), mais le principe de former une communauté ne les effleurait pas et ils trouvaient cela stupide. Et l'exprimaient sans ambages.

J'ai fait des efforts pour comprendre : je me suis souvenue que moi, à 13 ans, j'avais trouvé totalement idiote, stupide et conne la directrice du collège où j'étais, venue en salle de permanence nous expliquer que nous devions nous autogérer et nous auto contrôler. C'était sensé, justement, nous apprendre la vie en société. Je m'étais dit : mais elle est folle!! si c'est nous qui nous occupons de nous, ça va être le b.. le plus total !!!

Mais c'est un peu différent : dans le cas de Socrate, il y avait une sorte de "beauté du geste " désespéré, qui, tout en rendant le geste abstrait, permettait de l'admirer. A 13 ans, je trouvais Socrate romanesque. Et ma directrice conne.


Il y a un rapport, à mon avis, entre ce anecdote et le rapport des élèves à l'école : ils n'y croient plus. Mais comment cela se fait-il? D'où cela provient-il? Comment l'expliquer? Et pour un enseignant, comment le supporter? Comment fait Ada? A quel moment est-elle contente? Parvient-elle à respecter les élèves? Moi, je me suis sentie glisser, au fil de temps, vers un non respect des élèves, il faut le dire. Je n'en suis pas fière. Une certaine histoire avec un certaine élève et ses parents, l'année dernière, m'a, en quelque sorte, achevé nerveusement. L'histoire ne m'impliquait pas, mais l'attitude du père m'a rendue folle.


9 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour ! T'as mis du "font-size:0" partout, c'est normal qu'on n'arrive pas à te lire !! Sur ce que tu dis sur Socrate (oui, bon, il y a toujours un moyen de lire), je reviendrai plus tard...

Anonyme a dit…

C'est cochon ce que tu raconte,tu crypte?:o)

Valérie de Haute Savoie a dit…

On ne peut lire ton texte que sur netvibes du coup je ne sais pas si le texte est complet.
Sinon, je trouve aussi déprimant cette non participation, cette façon d'absorber les choses sans que l'on sente qu'une lueur de véritable intérêt se réveille. J'ai un peu cette impression avec mon fils concernant la littérature. Il lit les livres que le prof demande mais je ne sens pas cette envie, ce goût que j'avais eu en lisant de vouloir aller plus loin, de prolonger le livre. Et pourtant dieu sait que petit je lui ai lu des livres.

Anonyme a dit…

EUh??? Que se passe-t-il?

Anonyme a dit…

(ça y est,le texte est redevenu lisible.)
Je mets le blog dont tu me parles dans mes liens,avec celui de Dr Kpote,ça me donne une idée de l'infini...
Pourquoi ces enfants n'y croient plus,il doit y avoir des tonnes de réponses,est ce que tous les profs y croient eux aussi?
Croiser un prof passionné qui aime transmettre,c'est pas si souvent,si je pense à ma "carrière" scolaire.Une instit. de 7 ème pourtant extrèmement sévère,une prof de philo en terminale,voilà.Et une prof de français à la retraite qui me donnait des cours d'orthograhe,je l'adorais.
Ce que je regrette,c'est qu'avant l'école était une sorte de sanctuaire,il y avait un certain respect pour les enseignants mais une peur aussi qui nous faisait marcher droit.Cette distance est abolie,en bien et en mal.
Ce qui me manque aujourd'hui(en tant que parent),c'est l'échange avec les profs,je ne sais pas si c'est une question d'établissement,de direction,etc.Tout se passe bien pourtant,mais j'ai l'impression d'être tenue à distance.
Pour les parents qui s'impliquent peu dans l'éducation de leurs gamins,je trouve que l'école s'apparente parfois à une garderie améliorée...
On sent que certains comptent sur elle pour enseigner le savoir vivre de base,la vie de groupe,des choses qui devraient être acquises dans la petite enfance...
Enfin bref,ce sujet m'intéresse beaucoup,il est inépuisable!:)

Anonyme a dit…

Ada est un peu débordée en ce moment... et n'arrive que maintenant.
Je comprends par contre complètement ce que tu dis, il m'arrive aussi d'avoir du mal à voir l'être humain derrière l'élève, surtout quand j'ai des classes dont la dynamique folle annule les identités des uns et des autres.

Mais je voudrais revenir plus longuement sur ce que tu dis de l'individualisme plus grand de nos élèves par rapport au générations précédentes (la nôtre ?) mais là je vais me coucher je vais y réfléchir demain : je surveille !

Anonyme a dit…

les élèves des lycées français connaitront Socrate en terminale non???
Ça a été mon cas, et le débat sur Socrate a duré des heures.

Maëlle
http://maelloutsa.blogs-de-voyage.fr/

Anonyme a dit…

Il s'agit, je crois, d'une question de syntonie ... Comment trouver la syntonie avec l'élève, comment éveiller ou attirer sa complicité. Est-ce que tu crois qu'il n'est plus possible – est-ce ça que tu suggères ? J'ai l'impression qu'il doit y en avoir un moyen, au moins dans certains cas ; une façon d'arriver vraiment à eux.

Anonyme a dit…

Maquettes : c'est rare de croiser un prof passionné qui aime transmettre, mais le problème ne se situe pas là :avec un prof pas passionné qui s'emmerde, eh bien, on apprend tout de même plus qu'en restant chez soi. C'est dur d'être passionné. Bon, là, je ne suis plus prof, mais si je retourne devant des élèves, crois moi que je ne serai pas passionnée. Mais technique. Les derniers temps, je faisais cours avec une sorte de professionnalisme froid (ou ce qui me paraissait tel) et ça se passait très bien. Et, encore une fois, n'ayant eu que quelques élèves de France, qui me permettent d'imaginer ce que ça peut être, si j'enseignais en France je crois que pour mes élèves et pour moi, le mieux serait que je finisse ma journée avec une image de moi positive, quitte à me dépassionner et à prendre toute la distance qu'il faut.

Mais tu as raison quand tu dis que l'écoleestcomme une garderie, cela vient des parents, pas de leur faute, mais de leur vie :ils travaillent tout le temps, comment veux-tu ne pas, par une angoisse que je comprends parfaitement, ne pas d'abord songer à l'école comme le lieu qui garde tes enfants, vu que l'extérieur semble dangereux?? Je vois que ma question dit le contraire de ce que je voulais dire, les parents ne sont pas directement responsables decette situation. Mais tout de même, nombre de parents n'éduquent plus... Je dis ça, mais je trouve que lesenfants sont différents, les miens ont des réactions qui me surprennent...

Pablo :eh bien, c'est l'impossible syntonie...

Maelle : Oui, en terminale :j'ai surement merdé, la sixième c'est trop tôt, mais je voulais juste... leur raconter une histoire.

Ada :pas tout à fait individualisme, ou si ? Rejet des valeurs communes, des règlesdu jeu, alors que quand ils jouent entre eux,ils savent bien qu'il faut lesrespecter, les règles.