La seule fois où je me disputais avec Emma, ce fut à cause de Fabienne. Lors du premier contrôle de sa matière, nos deux fils avaient eu de mauvaises notes ; Emma reconnaissait que son fils n'avait pas assez travaillé, mais par ailleurs, au téléphone, elle m'expliqua sur un ton professionnel que Fabienne n'avait pas donné aux enfants les moyens de réussir le contrôle.
Je me dis qu'il fallait, à un moment, donner un coup d'arrêt à la situation ; à force de laisser Emma parler par politesse et pour ne pas la blesser en lui disant que ses paroles n'étaient que des élucubrations, elle finissait par me dire n'importe quoi. Je décidais donc de lutter, et je lui dis que nous allions toutes les deux explorer le classeur de nos fils.
Son argument était le suivant : la prof n'avait pas fait faire des exercices permettant aux élèves de préparer le contrôle.
Nous reprîmes le classeur et je lui indiquais où se trouvais les exercices, thèmes par thèmes.
Emma estima alors que ceux-ci n'avait pas été corrigés : elle ne voyait aucune correction dans le classeur : je lui appris alors que les élèves ne sont pas toujours sérieux et ne notent pas toutes les corrections, malgré les injonctions du professeur. Elle demeura sidérée par tant de malignité de la part de nos enfants si mignons.
Emma trouva alors que les exercices qui avaient été fait en classe étaient différent, dans leur intitulé, des exercices du contrôles. Par exemple, en classe, on avait fait substituer des pronoms de la première personne aux pronoms de la troisième ; dans le contrôle, il fallait souligner les pronoms. Sur un ton sérieux et autoritaire de professionnelle, elle m'indiqua que les enfants ne pouvaient qu'être perdu par tant de perversité. Les deux types d'exercices étaient trop différents ; on ne les avaient pas habitués à souligner des pronoms en classe, comment pouvait-on s'attendre à ce qu'ils le fissent en contrôle? Je sortis de mes gonds et lui dis que dans ce cas-là, il était inutile de continuer à parler ; je croyais parler d'enseignement, et non d'activités ludiques à fond grammatical ; si nous ne partions pas sur les mêmes bases, on ne pouvait parler.
Emma me répondit que, par exemple - et elle ne disait pas cela parce que nous nous connaissions - mais mes cours étaient vraiment formidables ; j'avais distribué en début d'année une feuille de méthodologie dans laquelle je spécifiais un certain nombre de choses, entre autres qu'il fallait apprendre les cours, faire les devoirs, répondre aux questions par des phrases et toujours mettre en page les contrôles. En faisant cela, il me semblait faire une horrible concession à l'air du temps ; je distribuais ses feuilles par faiblesse d'esprit et pour couper le sifflet d'avance à "certains parents", que je savais capable de venir me voir en me disant : "mais mon fils ne savait pas qu'il fallait apprendre la leçon pour aujourd'hui ; vous ne l'aviez pas dit" ; devant ce genre d'attitude qui me met dans un état de nerfs indescriptibles, je pouvais brandir la fiche au parent interloqué (d'ailleurs aucun ne venait). Cela m'évitait de me mettre à vociférer : vous voulez dire que votre fils ne sait pas qu'on apprend des leçons? Je trouvais que les profs qui ne le faisaient pas, en le supposant acquis, avaient plus de dignité ; mais je voulais être efficace et ne pas avoir à trouver les moyens et la force de répondre aux parents sans m'énerver ; découvrir qu'Emma faisait partie de ces parents qui épluchent cours, exercices et corrections en pérorant auprès d'autres moins malins sur les insuffisances méthodologiques du prof m'accabla complètement (vous, vous vous en doutiez, mais c'est normal, vu la façon dont j'ai parlé d'Emma, moi je l'ai découverte au fur et à mesure).
Je ne me mis pas en colère (Stéphane et mon mari s'entendaient très bien), mais je lui dis que nos points de vue différaient trop pour qu'un dialogue soit possible, et je trouvais un moyen de raccrocher. Elle me rappela un quart d'heure après, en proie à un stress réel ou feint, pour me demander si je lui en voulais ; je ne lui en voulais pas. Il me semble que pour en vouloir à quelqu'un, il faut s'être attendu à quelque chose de sa part : or Emma s'auto détruisait sous mes yeux depuis une année ; il faut exiger de chacun ce que chacun peut donner. Plus le temps passait, moins je m'attendais à une attitude convenable de sa part. Pourtant, je crois que cette conversation l'a vexée.
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2 commentaires:
Qui a dit que prof c'était un métier pépère! il faut même avoir un bon avocat pour faire fasse au lobby des parents d'élèves! :)
Juste un mot pour te dire que j'apprécie toujours autant tes portraits sans complaisance pour toi. Continue, c'est réellement passionnant !
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