Paulette, j'en parlerai plus tard.
Pour mon arrivée, il faut imaginer le petit réduit de la salle des profs ; encombré de profs ; tous parlant, mais comme des gens qui n'abordent pas le sujet important. Avaient-ils passé de bonnes vacances? Oui, ils avaient. Et tous de narrer leurs vacances, ils avaient été là, voir machin, et là, voir truc, avant de repasser par là voir un membre quelconque de la parentèle. Peu familiale (à mon corps défendant), ces récits me mettent toujours profondément mal à l'aise. En outre, les longues vacances des profs (un luxe mérités, selon moi), je les ai, ces années là, mises à profit pour dormir à l'ombre, juste à côté du soleil, avec un livre pas loin. Je ne visitais les gens, parentèles et autres, que peu de temps. le récit de ces visites, totalement inintéressant, me pesait. Les années suivantes, je le trouvai chaque année un peu plus intéressant. Parce que ces gens se mirent à faire partie de ma vie. Mais à ce moment-là, ce jour-là, je ressentais un vertigineux sentiment de vide.
Il y eut un moment où quelqu'un posa une question polie sur moi, à laquelle je répondis. Il n'y avait aucune chaleur dans cette question ; pas de méchanceté non plus. Elle n'était que de la politesse. Ce petit groupe était un petit groupe dans lequel on rentrait lentement, très doucement, par imprégnation. A mon arrivée, j'étais une étrangère ; et pas très prof.
Non seulement je n'étais pas très prof, mais j'étais expat. Expat voyageuse : je veux dire par là que j'avais déjà vécu ailleurs, dans plusieurs ailleurs bien différents de l'Irénie (ce qui n'était le cas d'aucun d'entre eux : l'Irénie était leur première expatriation). Par dessus le marché, conséquence logique de ce statut d'expat, mon mari avait une bonne situation, donc j'étais une "femme d'expat". Les profs d'ici étaient soit détachés (ça y est, j'ai oublié le terme) ou soit mariés à des iréniens. Il n'y avait qu'un seul expat stricto sensu (c'est-à-dire avec le statu, très avantageux, d'expat de l'Education Nationale).
Je précise tout cela car c'est important. Les gens se reconnaissent par similitudes, surtout à l'étranger : les femmes avec bébé, les femmes avec enfant au primaire, les femmes d'expat, etc. Je ne faisais partie d'aucune des catégories présentes. J'étais une nouvelle catégorie. Je ne pouvais pas avoir la complicité des épouses d'Iréniens. Je n'avais pas de numen de l'Education Nationale. Je n'avais pas de problèmes de déménagements à raconter, j'étais là depuis un an et j'avais fait déjà quatre déménagements, et j'avais passé le stade des récits de déménagement (ce n'est pas une blague : le premier déménagement est épique ; il y a toujours des histoires ; les deuxième aussi ; quand on se rend compte qu'ils le sont tous, on n'en parle plus : ça devient une norme ; on se demande simplement quel est le papier qui va manquer ou à quel bureau de la douane ça va coincer).
En outre, assez timide et peu expérimentée, je posais des questions de néophyte probablement très agaçantes (avec l'arrogance des timides qui se jettent à l'eau).
Bref, je devais être tout à fait insupportable.
En outre, j'eus une dispute avec la principale, une dispute inutile mais que je tenais à avoir, dans le cadre de ma lutte contre le timidité. Peut-être cela m'a-t-il fait du bien, en tout cas cela a fait beaucoup de bruit.
Donc, debout, à côté des autres, au milieu des autres, mais totalement étrangère.
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4 commentaires:
Et t'as oublié la reconnaisance par groupes de voitures (4x4 et autres...) et d'immatriculations :)
Tu vas raconter la dispute?parce que ces 2 dernières phrases mettent l'eau à la bouche. :)
M1 : Mince !!! Tu as raison. J'avais oublié ça, dis donc.
Maquettes : c'était vraiment une raison bête... oui, il faut que je la raconte..;
Mon frère, qui a été prof à Beyrouth dans le cadre du service militaire civil, détestait profondément le milieu des expats. En tel lisant, je retrouve certaines de ces réflexions de l'époque.
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