Alors là, on ne arrive cahin caha à la phase intermédiaire : bon gré mal gré, je me retrouvais embarquée dans toutes sortes de choses qui me compoosèrent pour la première fois de ma vie une vie sociale en bonne et due forme.
D'abord, le comité et ses épiphénomènes, Sur-Comité, et autres associations francophones dont les dignitaires faisaient des appels du pied, cherchant à recruter des volontaires, et j'étais déjà si bénévole ailleurs qu'avec mon petit air j'avais vraiment le physique de l'emploi. Sans compter que Farid Zaghouani m'avait en quelque sorte adoptée, comme bras droit : un nombre surprenant de personnes me disaient "je sais tout ce que vous faîtes pour le Comité", tandis que je me disais "mais je fais quoi?". D'autres ne le disaient pas, pas du tout, même, ce qui me surprenait encore plus, puisque les autres le disaient : mais on ne peut pas tout savoir du premier coup ; mais j'ai fini par comprendre : les uns me flattaient pour que j'aille grossir leurs troupes, les autres ne me flattaient pas parce que j'étais dans le mauvais camp.
Il est très troublant d'être flatté pour rien, le risque, c'est de s'imaginer qu'on est tellement génial qu'on fait des trucs formidables sans s''en apercevoir. Heureusement, même si j'avais un peu l'impression d'être géniale, je me demandais comment les autres pouvaient s'en rendre compte, puisque je ne faisais rien, sauf être là d'un air concerné, mon génie restait en puissance, et nous ne parlions pas, donc rien n'en pouvait transparaître : et donc finalement j'ai compris.
En liaison avec le Comité, je voyais Sandrine, Emma, leurs époux, et Si Mohamed. En outre, celui-ci entreprit de relancer le R**** Club de Port Saad, ce qui dépasse tout ce que l'on peut imaginer. Le R-Club, c'est le genre de club dont tous ceux qui ne sont pas membres disent que c'est absolument nul, ce qui est exact, au moins en ce qui concerne celui de Port Saad, mais dans lequel les mêmes rêvent d'aller. Il y avait des soirées annuelles, et lors de la première, nous fûmes invités : c'est-à-dire que Si Mohamed, qui ne souhaitait probablement pas que ses amis refusent de payer pour une soirée dont on pouvait facilement augurer qu'elle serait lamentable, invita, plus seigneurial que jamais, une trentaine de personnes, amis et famille. La soirée fut lamentable, sans compter que la musique interdisait toute conversation, nous passâmes donc trois heures à attendre des plats exécrables, en hurlant de temps en temps des commentaires forcément féroces dans l'oreille de notre voisin. Stéphane était invité aussi, et Si Mohamed lui avait fait l'immense honneur de le pressentir en tant que membre : Stéphane était extrèmement snob, (vieille bourgeoisie française, un peu sur le retour, service militaire à Baden-Baden) et précisément pour cela, et malgré la sympathie profonde qu'il avait pour Si Mohamed, il refusa le plus courtoisement du monde, en essayant de ne pas faire sentir à Si Mohamed l'immensité du mépris dans lequel il tenait le R-Club de Port Saad. Si Mohamed n'insista pas, je crois qu'il avait compris le rejet de Stéphane, mais sans en comprendre vraiment la cause, probablement pour lui, le snobisme était justement de faire partie de ce R-Club -là. Précisément là, passe l'un des points de la ligne mystérieuse qui me sépare d'un Irénien tel que Si Mohamed ; que les chefs d'entreprise locales français et belge, fiers de leur réussite à la force des bras, s'enorgueillissent, comme les bourgeois de Villiers de l'Isle-Adam, ou le Homais, de Flaubert, de leur appartenance à des confréries de bienfaisance internationales et à ce titre prestigieuse, pourquoi pas, c'est leur trombinoscope à eux, les anciens élèves des grandes écoles ont leurs petites fiertés aussi, et que leurs homologues iréniens fassent de même : parfait. Mais que Si Mohamed cède aux charmes faciles de l'auto satisfaction de la bienfaisance et de ce petit snobisme d'être entre gens du même monde (mais lequel?) coopté - enfin, tout le monde a ses petits travers.
Il y avait Martine.
J'avais aussi rencontré Bénédicte, une femme charmante mais hélas trop réservée, avec laquelle mes rapports, toujours bons, demeurèrent marqués par une certaine distance.
J'essayais à toute force de rester en bons termes avec Sabine et les mamans franco iréniennes ou iréniennes de son groupe, malgré leur attitude généralement distante, voire hostile. Parmi elle, une irénienne élevée en Belgique, charmante, mais lymphatique. Il semblait qu'elle n'ait jamais d'influence sur les contenu de ses jopurnées, elle pouvait venir me rendre visite, mais ne venait pas, et s'excusait avec autant d'amabilité que de décontraction.
Comme par ailleurs je venais de commencer à enseigner au collège, mes journées étaient remplies, et mes week ends aussi.
C'était à la fois agréable et ennuyeux. J'enseignais, j'étais contente de travailler enfin, tout allait bien de ce côté-là. Les "vrais" profs faisant corps entre eux, je ne m'intégrais pas tout à fait, mais je n'en avais pas envie, à l'époque : je les trouvais corporatistes et bornés, et je savais qu'ils me voyaient comme une maman d'élève venue là par le hasard des recrutements des profs dans les écoles à l'étranger : on fait venir certains enseignants, histoire de donner un peu de poids à l'école, puis on meuble avec le "vivier local", et donc, entre autre, avec moi. En outre, comme j'avais enseigné auparavant dans des contextes différents,
j'avais perdu la main et j'ennuyais tout le monde avec mes interrogations existentielles. Quoiqu'il en soit, mes journées étaient remplies, j'avais ensuite les joies des allers et venues en voiture, ou sans voiture, car durant une période, nous n'eumes pas de voiture, alors que je travaillais à 20 km de l'endroit où j'habitais. Ensuite, il y avait les activités pour enfant, toujours bricolées puisqu'il n'y avait à peu près rien sur place. Et enfin je continuai à assumer mes fonctionnes de secrétaire du Comité, un PV fleuve par mois, remplies d'âneries, que j'avais de plus en plus de difficulté à pondre. Je ne m'ennuyais donc pas, et comme je m'étais beaucoup ennuyé avant, je ne m'en plaignais pas. En revanche, il n'y avait pas une seule personne intéressante dans mon entourage, à l'exception d'un des profs, mais il était affligé d'une épouse épouvantable et fréquentait exclusivement d'autres profs (de la catégorie des "vrais", des titulaires). J'étais donc occupée, mais je m'ennuyais toujours.
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1 commentaire:
Ah le R**** Club! le sanctuaire des sanctuaires!
Dans cette vie sociale, tout le monde est génial, rassure-toi ;)
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