jeudi 20 novembre 2008

La maison d'Emma

J'avais déménagé, ai-je dit, mais elle aussi.
Sa nouvelle maison était curieuse. L'ancienne était petite, malcommode, sombre, avec une cuisine immense et un petit salon. Elle n'avait rien de luxueux.

Sa nouvelle maison était formidable. Quatre pièces immenses en bas, quatre chambres en haut, et encore trois dans un deuxième étage. Mais ce n'était pas seulement une question de pièces. Les logiques architecturales de architectes iréniens sont mystérieuses pour moi. Toutes les maisons de riches que j'ai connues dans les pays arabes (je dis bien celles que j'ai connues ; il y en a beaucoup plus que je n'ai jamais visité) sont aberrantes. Leurs caractéristiques principales sont d'être immenses, avec des escaliers gigantesques, des volumes inchauffables, des verrières aberrantes. Si les chambres sont immenses, les fenêtres sont petites, et il y a une prise éléctrique pour un pièce de 50 m2 (par exemple). Ou alors, la plus petite des chambres est affectée d'une salle de bains de compétition.
Sa nouvelle maison était vaste, mais rationnelle. Des pièces carrées, ou rectangles, des fenêtres avec des volets en bois.
Cette maison était accueillante et je poussai de très sincères cris d'enthousiasme en la visitant. Elle en fut très heureuse. Donc, à la rentrée qui suivit ce déménagement, elle me proposa de passer mes matinées chez elle si je voulais.

Je garde un souvenir très agréable de ces moments. Très agréables. Je suppose, au vu de mon état d'esprit actuel, que je n'aurais pas du accepter. Je pensais toutes sortes de choses négatives sur elle, et j'aurais du refuser.
Mais les choses ne sont pas si simples. J'avais bien vu que nous nous étions éloignées, mais j'en étais un peu triste : j'aurais préféré que nous restions en bons termes, et que, simplement, nous nous voyions de temps en temps, sans mensonges. Or, quand elle me fit sa proposition, je me dis que peut-être nous en étions là : quelques visites, sympas, de temps en temps.
Le brunch avait lieu sur la table de la salle à manger, une énorme table en verre et fer forgé ; J'ai horreur des tables de cette sorte, je les trouve atrocement parvenu, mais celle-là avait le mérite de bien s'intégrer dans l'environnement. Emma m'apportait toutes sortes de choses, et nous mangions ensemble. La lumière et le soleil baignaient la pièce. Les fenêtres, petites et arrondies,donnaient une atmosphère arabe ou médiévale. Emma me parlait simplement, elle disait avoir repris des études, et je l'encourageais poliment. Par ailleurs, elle était plus nuancée sur beaucoup de choses depuis qu'elle faisait des rédactions. Elle avait du mal. Elle me parlait de ses plans, d'une façon assez curieuse, comme quelqu'un qui veut montrer qu'il maîtrise la technique du plan de la dissertation littéraire en trois parties, mais n'y comprend rien en fait.
- Oui, oui, je sais, le plan 1, le plan 2, le plan 3, je sais.
- Euh, non la première partie du plan, la deuxième..
- Bien sûr, je sais tout cela, c'est évident.
- Mais tu fais aussi une intro et une conclusion, tu n'en as pas parlé.
- Evidemment !
- Et, tu as une méthode?
- Bien sûr. Comme on fait toujours les intro et les conclusions.
- La première partie de l'intro...
- Non, du plan.
- Je te parle de la première partie de l'intro, la phrase par laquelle tu commences ton texte.
- Oui, bien sûr.
- Tu dois faire une phrase qui annonce le sujet, avec de dégager la...
- Avant de faire le plan.
- Non. Avant de dégager la problématique.
- Ah, bien sûr !!! La problématique. Et après, le plan.
- L'annonce du plan.
- Oui, c'est pareil.
J'abandonnais. D'ailleurs, pour faire cours, j'avais mes élèves, qui s'en moquaient, mais bon. Plus tard, elle me dit qu'elle avait repensé à ce que je lui avais dit, car elle n'avait pas eu une très bonne note. J'aurais du suivre tes conseils, me dit-elle. Or, je n'avais pas pu lui en donner." Ce n'est pas grave, ce que tu m'as dit m'a été super utile". N'importe quelle personne capable de rédiger une dissertation et lisant le dialogue ci dessus comprendra que je ne lui avais rien dit d'utile, ou qu'on ne trouve dans n'importe quel site. Cela me montra qu'elle n'était pas sincère, ou alors qu'elle n'avait jamais mis les pieds dans une fac. J'avais à peine émis des notions de bac. Par la suite, avec ce petit soupçon en tête, je compris, grâce à une remarque qu'elle me fit, qu'elle avait repassé un examen d'entrée à l'université. C'était tout à son honneur ; elle aurait été une personne beaucoup plus sympathique si elle l'avait dit. Du coup, je repris conscience de ces mensonges, et à nouveau, ils pesèrent sur moi. Ces petits déjeuner avec elle étaient remplis de fausseté. Il n'était pas possible de venir, de boire du thé, de regarder le soleil et les bougainvillées par la fenêtre, et d'être si près du mensonge. Je m'éloignai d'elle encore. Mais cette fois, je me dis que je devrais pas changer d'avis ensuite.

2 commentaires:

M1 a dit…

et la piscine olympique, t'as oublié la piscine olympique :)
délicieux ce dialogue! ;)

Anonyme a dit…

Zélie,tu es là?
Ou dans le sapin en train d'attacher des kitscheries? :)
Viens me voir si tu veux,je t'ai tagguée!