vendredi 10 octobre 2008

Bénédicte

J'ai appelé Bénédicte. ça ne se fait pas de réfléchir aux gens comme ça, de les tourner et retourner dans son esprit jusqu'à ce qu'ils soient lisses et blancs comme des cailloux ; à force, je me demande comment ils étaient : les ai-je rêvé?
Bénédicte n'a pas paru surprise de mon appel. Ni joyeuse. On dirait parfois qu'elle réfléchit à ce qu'elle va dire et qu'elle invente les mots qu'elle va prononcer quelques secondes avant de parler, comme par prudence. Une sorte de discours propre et aseptisé, probablement sincère, je ne peux avoir l'intolérance de prêter à tout le monde mes propres interprétations. Par ailleurs, c'est en m'asseyant pour écrire que la critque me vient, jusqu'à il y a deux minutes je l'ai trouvé formidable ; pourquoi faut-il que je détruise tout par ma pensée?

Sahbi a eu le concours, bon, on le sait, qui lui permettra d'avoir une clientèle privée à l'hôpital, mais il doit encore attendre un an ou deux ; alors, il gagnera un peu plus d'argent. Mais l'organisation de l'hôpital devient...bizarre, a dit avec pudeur Bénédicte en cherchant ses mots. Ils essaient de copier sur la France, mais... le sens de ... l'organisation de l'hôpital est.. différent et donc ça fait... bizarre. Elle cherche ses mots à chaque fois.
Etre loin m'aide à voir les choses avec distance et je pense à Sahbi, qui n'est assurément pas un arriviste. Je l'imagine, poursuivant une "certaine idée de la médecine" dans un monde où la plupart des médecins s'en moque. D'ailleurs, pourquoi s'en soucier puisque ceux qui s'en soucient n'en sont pas récompensé, ni matériellement, ni dans l'estime qu'on leur porte. Si le 4x4 est le seul critère, alors Sahbi sera dépassé, je me demande s'il réussira à garder le contrôle, ou s'il sera vaincu par les arrivistes et les médisants qui l'on peut par exemple trouver dans certains romans de Balzac, dans les villes de province ; je songe à un roman qui se passait à Angoulême, mais dont le titre m'échappe, ou à l'horrible conquête de Plassans (de Zola). (Sur un sujet différent, mais on y perçoit très bien la gangrène qu'est la médiocrité rampante). Ces arrivistes, médisants et pourvus de relations abondent à Hadra et dans tout le pays ; ils y étouffent les Sahbi, qui n'essaient même pas de vraiment se battre et se retirent avec mélancolie.

Bénédicte m'a dit avoir été sollicité pour le comité dont je fis jadis partie et qui fonctionne toujours aussi mal avec les mêmes, les MEMES conflits, avec d'autres ou les mêmes personnes. Avec quelle ridicule naïveté je croyais alors (j'en ai honte) que la bonne volonté pourrait tout entraîner ; la bonne volonté ; ce serait risible, si ce n'était pas aussi triste ; il est évident qu'un bref coup d'oeil sur la politique internationale, ou nationale, de n'importe quel pays, donne une bonne appréciation de la puissance de la bonne volonté. Enfin : la naïveté a son charme. Bénédicte refuse d'y prendre part ; elle m'a dit avec une douceur pleine de sagesse : je crois que j'ai ma liberté... (elle cherche toujours ses mots).. et la liberté de refuser... tout de même... c'est précieux, je crois. Je n'ai pas envie d'y renoncer.

A l'école : le choix est délicat, entre la mesquinerie des parents et celle des enseignants ; l'école, close sur elle-même, avec l'orgueil pathétique et arrogant du système français ; les petites côteries des parents, les petites côteries des enseignants.

Bénédicte fait construire sa maison. Sahbi pourra bientôt avoir sa clientèle privée ; tout se passera peut-être très bien pour eux. Je DOIS penser que tout se passera bien. Ce n'est pas uniquement que je sois négative ; mais Bénédicte me fait de la peine, malgré sa sagesse, malgré sa conclusion voltairienne, elle cultive son jardin, elle a raison - elle me fait de la peine.

2 commentaires:

M1 a dit…

Sans 4x4 c'est m-o-r-t!
Sinon c'est fou comme le système français devient élitiste en dehors de la France :)

Anonyme a dit…

En dehors seulement????